samedi 19 avril 2014

La route-bleu nuit- vers souad mani


Pour souad mani 
commencé  le 18  avril 2014,
dans le cadre d'un travail en chemin
Photos SOUAD MANI



(..) C.R. : Ce n’est pas la perception matérielle, ce n’est pas non plus notre imagination. Pour moi, le double du réel c’est plutôt l’illusion. L’imagination n’est pas du tout contraire au réel, tandis que ce qui est illusoire, c’est le double. Autrement dit, la forme la plus fondamentale de l’illusion n’est pas l’imaginaire. Pour moi, l’imagination est effectivement la faculté de doubler, de manière fantasmatique, le réel. J’admire chez l’homme la faculté anti-perceptive. Par cette faculté, l’homme peut voir par exemple un verre d’eau et dire que c’est une poupée. Je suis très étonné par cette étrange faculté humaine !
Ainsi notre personnalité pousse, grandit, mûrit sans cesse. Chacun de ses moments est du nouveau qui s’ajoute à ce qui était auparavant. Allons plus loin : ce n’est pas seulement du nouveau, mais de l’imprévisible. Sans doute mon état actuel s’explique par ce qui était en moi et par ce qui agissait sur moi tout à l’heure. Je n’y trouverais pas d’autres éléments en l’analysant. Mais ce qui n’a jamais été perçu, et ce qui est en même temps simple, est nécessairement imprévisible. Or, tel est le cas de chacun de nos états, envisagé comme un moment d’une histoire qui se déroule : il est simple, et il ne peut pas avoir été déjà perçu, puisqu’il concentre dans son indivisibilité tout le perçu avec, en plus, ce que le présent y ajoute
C’est un moment original d’une non moins originale histoire.
Henri Bergson, L’évolution créatrice, 1908 
   

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Je la reconnais cette route, je t’y retrouve, posée, absente,  mais infiniment là, dans ce bleu qui te ramènes à l’orée de ton vrai voyage.

Là où tu reviens toujours, où que tu sois.
Là où se penchent les herbes, vers là où la brise respire.
Comme un espace reconnu, déjà oublié mais toujours reconnu.
Un signe d’enfance toujours présent. Un moment d’interlude que tu reconnais, comme les vitraux d’un temple, les colonnes, les arcades, les dunes, l’art des mosaïques des murs,  les rivages. Les  arbres. Temples vivants qui redisent leur force intouchable. 
Nous sommes porteurs de ce monde légendaire, né avant nous-mêmes, apparu dans le langage de nos ancêtres qui parlaient déjà de notre venue, de nos premiers pas, de leurs prochains gestes à travers nous.

Depuis des milliards d’années la transmission s’est faite, de la première cellule à nous, qui cherchions la mer dans ses rythmes, qui entendons encore son pas dans le flot.
Sa respiration.









Déjà vu, devant un lieu, une forêt, un chemin, un geste, un regard, qui nous ramène à cet espace imaginaire qui se perpétue, toujours ; impermanents mais aussi enraciné à l’orée de  nos souvenirs

Transformés, toujours bousculés par les flots de monde, par les rires malvenus, par les sourires indécidables, par les gestes surs. Et nous allons, vers cet espace.
Intime. Connu de nous seuls, où la nature s’apaise, où ce qui se dit est protégé, entouré, adouci par la clarté de l’air, par la douceur du bleu.

Sur cette route, Souad, tu as dû retrouver les esprits/pensées de tout un siècle, les murmures de tous les conciliabules, puis d’un coup, peut-être, ce silence frais qui répare.
Nous sommes emportés dans les gravitations de l’univers, venus d’on ne sait quel geste et commencement ? Et nous partageons nos méandres avec l’ami, le proche, l’étranger même, qui habite cette terre qui se déploie dans un scintillement indéfini. Si proche.
Nous ne trouvons jamais cette réalité qui serait fixe, indestructible, juste une impermanence vivante qui grandit, déploie  ses ramures, enfouies et libérées, autres murmures et expériences que le chemin bleu-nuit révèle.

Au-delà du réel, toujours dans une réalité auto prophétisée,  toujours parcourus par la poésie du moment, à l’affut d’une parole venue de je ne sais quel arbre, de  quelle fontaine, nous parcourons le monde, lisons les auteurs qui nous précèdent qui cartographient les lignes de fuite et de sens…

Avançons.
Et regardez ce bleu, cette route qui invente ses futurs à mesure, mais à la fois redit l’instant.  Recommence le paragraphe d’un livre aimé et reconnu.
Regardez ce bleu et ce chemin qui s’y engage ; s’y perd. Y renait. Délivre ses joies silencieuses comme le chant d’un santour. 
Comme le son d’un Luth, Comme la voix d’un passant retrouvé.







Et il y a cette étincelle, toujours, ce mouvement capté qui nous signifie en nous faisant signe. Comme une réponse toujours attendue et toujours reconnue. Jamais nommée… Juste frôlée…

Et cette route de terre et de feu, de force et de lumière qui absorbe les orages et  protège les brindilles, parfois.
Parfois aussi, se déchainent les ouragans de l’interrogation.

Laissons alors  passer ces doutes trop déchirants, juste laisser se faufiler les questionnements qui auréolent le jour d’un miracle toujours se faisant.
Le doute impalpable qui éclaire et ouvre des passages nouveaux. Géographies fractales et toujours renouvelées .








Souad, je te parle directement, parce que ces mots retournent vers, retrouvent ce chemin que tu as déjà parcouru et je t’y reconnais, je crois.
Longtemps après, dans ce présent indécidable indiscernable qui déracine les concepts pesants.
Il y a ce bleu, qui va revenir, cette ville, ces amis que tu vas retrouver. On avance dans des cités brillantes, trop parfois, des villes qui abreuvent plus que la soif. Des villes qui assomment à force d’images, de marchandises. 

Mais cette route bleu-nuit que tu recommençais chaque soir  ne vendait rien. Elle conduisait des pèlerins inconnus dans ses ondulations. 
Ils avancent et reviennent et cette méditation silencieuse invente un déjà vu, reconnait ce déjà vu toujours ressenti quand la perception s’est approfondie, quand on a perdu son chemin un moment, puis retrouvé le signe d’un oiseau. Retrouvé le regard posé sur un feuillage, un ciel, un itinéraire.






L’illusion nous invente, parfois se perd elle-même quand la lucidité se laisse piétiner,   mais à la fois, je parle de l’illusion quotidienne, à la mesure de notre chemin quotidien,  elle donne matière vivante  à la vie, avec ses désirs et ses peurs. Ces joies, ces amours inexplicables.  Couleurs et ombrages d’un ressac d’herbes de minuit. Poésie. Au-delà.

L’illusion nous raconte ce que nous sommes, nous éclaire et rassure et souvent ne fait que doubler le voile de la réalité que la perception voyageuse renouvelle sans cesse. Sur une route bleu-nuit. Parfois.


( à suivre selon les traverses ?) 

















desombres


vendredi 11 avril 2014

un peu d'atelier



mercredi 2 avril 2014

sur les embruns



Pour Vincent Mignerot
en attendant peut-être son retour  "synesthésique" 
@syneshteorie


Vers ces lagunes silencieuses
où glissent des oiseaux
blancs
au dessus de l’écume

Parfois
Sur l’argent des sables
scintillent un moment
quelques mirages d’embruns

Et ce rythme
que l’on ne sait pas précéder
et qui conduit souvent à l’orée d’un vertige

Des vagues qui vont
repartent et glissent
nous parlent d’un espace qu’on reconnait sans le nommer

Nous sommes des passants
perdus dans les récits des océans
venus des éclats d’étoiles en météores
emportés dans les gravitations insondables
des jeux cosmiques

Roulis
barques humaines sur les fleuves
qui irriguent ces terres abreuvées d’attentes

Parfois
certains creusent des puits dans le désert
pour ne pas oublier la misère des nomades

Ceux qui ne roulent pas dans ces machines rutilantes
qui  ne volent pas dans les airs
qui marchent
puisent de l’eau
portent du bois
cherchent des palmes pour seulement
rencontrer l’ombre

Et nous livrons des guerres implacables
suspendus dans les orbites des particules fluctuantes
venues de ce vide vibrant qui nous porte
en oubliant
la tranquille harmonie
du rythme de ces marées
qui ne désirent aucun regard

Qui ne sont que présence et don silencieux.





Samedi 29 mars 2014