lundi 21 avril 2014

Là où prend source le regard.




 
La fille à tête d’interlude ne se demandait plus rien, juste faire, aller vers, rencontrer le présent dans sa multiplicité d’interprétations. Jouer de poésie dans les lignes du jour.
Ne se demandait plus comment être au mieux, comment aimer, comment  devenir. Tout cela s’était envolé dans des fracas venus des orages du centre de son être.
Là où prend source le regard. Le regard intérieur qui voit, de la planète au microbe, du papillon à la vague.
 
Mais elle, elle jouait à la marelle avec les lanceurs de dogmes vénéneux. Coup de galet au loin ! Je dis, on s’imagine,  une jeune femme un peu volatile, éthérée et joueuse.
Elle, mais en fait,  c’est une vieille dame, une dame qui a arpenté les jours à force de tribulations, qui s’est  usé les yeux dans l’inacceptable.
Mais qui a aussi compris le chien qui passe, le chat errant. L’oiseau qui grappille. L’enfant qui rigole avec un air d’avoir tout saisi.
Elle a aussi balancé les bons de réduction. Toutes les réductions, qui nous marchandent dans les gondoles des hypersouks sans âme.
 
Pourtant, la colère, l’indignation profonde la remuent. Pas pour écrire un bouquin ni simulacrer à la télé. Mais pour tenter de tenir dans cette planète qui arrache les fils de  la trame de son étoffe, qui déchire les enfants de ses miracles venus de l'eau et d’un météore tombé en mer, porteur de vie.
 
L’autre fois, dans le miracle d'une marche sans raison, elle a trouvé un oiseau. Un oisillon tombé d’un nid. Immobile et silencieux.
Et dans ses mains, sa poche, l’a ramassé, nourri, soigné et libéré.
 
L’autre soir, elle a planté un olivier dans un jardin public, un abricotier dans un champ, un noisetier dans une bassine où elle lavait ses fils.
 
Et, la dame marche, marche sans arrêt… Dans l’impensable de planètes folles, dans l’indéchiffrable de ces dieux bagarreurs, dans l’infini de  la science qui réinvente la magie de l’homme. Sans la poésie des anges.
 
Elle n’a pas de barre pour protéger sa porte, elle ne s’achète pas de foulards soyeux. Elle ne fait que marcher.  Avec l’autre. Pour l’autre, peut-être ?
 
21 avril 2014

dimanche 20 avril 2014

Théorèmes poétiques Basarab Nicolescu Dissémination avril 2014








Théorèmes poétiques 

Basarab Nicolescu















"(...) Une dis­sé­mi­na­tion sur le thème de la Frontière pour donner à voir, lire, entendre ces passeurs qui arpentent la toile, cette autre trame du monde, là où les marges deviennent vibration d’un silence vivant. Dans ce vide insondable d’où surgissent les particules fluctuantes de la matière et du sens. (...) " extrait de la présentation

  Contrebandiers des invisibles
 


 
Mircea Cantor – Sic Transit Gloria Mundi – 2012 – courtesy l’artista & Yvon Lambert, Parigi & Dvir Gallery, Tel Aviv


La frontière questionne beaucoup de concepts archaïques, parmi les plus fondamentaux,  des regards, des peurs, des sensations, des certitudes. Rassure  notre présence/réalité dans les pesanteurs et apesanteurs du cosmos. voir le thème de l'être la frontière
 La frontière nous conduit vers ces limites, ces interrogations, ces imaginaires qui nous constituent et que certains tentent d'opposer, d'utiliser, de manipuler, osons le terme,  pour défendre des idéologies populistes ou totalitaire.
Traversées donc, vers d'autres passages transversaux à la rencontre de Basarab Nicolescu qui est aussi un véritable passeur, entre science et philosophie, et humanisme, bien sûr, et fondamentalement. Il défend l'indispensable, position, posture, de l’"humain au centre de la science."
Son livre "Théorèmes poétiques" ne fait pas partie de ses  écrits et recherches habituels.  Et c'est cet inattendu  qui m'a  aussi amenée à choisir ce livre ...
Ces Théorèmes, comme lorsqu'il dit "les mots sont des "quantas", nous embarquent, nous enlèvent,  produisent un arrêt, une rupture à la manière des Koans zen. Créent des interstices où un sens nouveau s’infiltre et irrigue ...
Basarab  "porte du bois, puise de l'eau, quelle merveille naturelle !"pourrait-on dire aussi, comme dans ce Haiku, car il écrit comme il interroge le monde  : ouvertement, simplement, naturellement. Comme il lutte  aussi contre les glaciations scientistes et les dangers qui  en découlent.

J'ai donc  pensé, pour ce thème sur "frontières et ouvertures", à cet inlassable chercheur planétaire qui dénoue les regards de l'habitude. Basarab Nicolescu est physicien théoricien  (et bien d'autres titres prestigieux que vous trouverez ici) et Président du Centre International de Recherches et Études Transdisciplinaires, qu'il a créé,  mettant peu à peu en place, avec les membres/chercheurs du CIRET,  une véritable  méthodologie transdisciplinaire.

Il a organisé de nombreux colloques  et explore depuis des années la vision transdisciplinaire.  Celle qui "va entre et au delà des disciplines".
Une  approche transdisciplinaire du monde qui  démonte les cloisonnements, fragmentations, et déploie le sens au travers d'un doute vivant, vibrant, pensant,  toujours renouvelé, une réalité toujours questionnée. Interrogation à l'infini qui empêche les dogmes de  s'infiltrer, de stratifier peu à peu  les systèmes fixes.
Ces attitudes immobiles/inflexibles de défense/attaque. Loin de l'incertitude poétique qui dialogue avec les fluctuations  vivantes du sens.  Même dans les contrées les plus éloignées et complexes de la science qui nous raconte, aussi.

"Toute tentative de réduire l'être humain à une définition et de le dissoudre dans des structures formelles, quelles qu'elles soient, est incompatible avec la vision transdisciplinaire." art 1

Basarab Nicolescu a rencontré de nombreuses personnalités du monde de la science, de l'art, de la philosophie,- dont Edgar Morin son grand ami co-fondateur du ciret, comme tant d'autres personnalités du monde de la religion,  de la philosophie, de la poésie,  de la sociologie et des sciences de  l'éducation - qui ont rejoint le CIRET _  aussi, pour  mettre en   lumière, vers un public de plus en plus nombreux, cette vision transversale du monde qui change radicalement  nos perspective et ouvre des chemins d'étonnements. Hors contradiction binaire.  Vers l'autre.
Des lumières ordinaires qui deviennent poésie pure : des lieux  où la parole traverse les disciplines, ouvre les esprits,  parole dans le sens de forme  vivante, de forme/poésie,  au delà du "mot" balisé, du "discours" rabâché ...
Nous n’aborderons pas ici les piliers de la visions transdisciplinaire : la complexité, les niveaux de réalité, le tiers inclus, la discontinuité.  Mais je vous renvoie vers le site du CIRET où ces thèmes sont éclairés. En voici quelques passages...





Extrait du livre LA TRANSDISCIPLINARITÉ - Manifeste,

par Basarab Nicolescu


Éditions du Rocher, Monaco - Collection "Transdisciplinarité"


La transdisciplinarité concerne, comme le préfixe "trans" l'indique, ce qui est à la fois entre les disciplines, à travers les différentes disciplines et au delà de toute discipline. Sa finalité est la compréhension du monde présent , dont un des impératifs est l'unité de la connaissance.

Y a-t-il quelque chose entre et à travers les disciplines et au delà de toute discipline ? Du point de vue de la pensée classique il n'y a rien, strictement rien. L'espace en question est vide, complètement vide, comme le vide de la physique classique. Même si elle renonce à la vision pyramidale de la connaissance, la pensée classique considère que chaque fragment de la pyramide, engendré par le big bang disciplinaire, est une pyramide entière ; chaque discipline clame que le champ de sa pertinence est inépuisable. Pour la pensée classique, la transdisciplinarité est une absurdité car elle n'a pas d'objet. En revanche pour la transdisciplinarité, la pensée classique n'est pas absurde mais son champ d'application est reconnu comme étant restreint.

En présence de plusieurs niveaux de Réalité, l'espace entre les disciplines et au delà des disciplines est plein, comme le vide quantique est plein de toutes les potentialités : de la particule quantique aux galaxies, du quark aux éléments lourds qui conditionnent l'apparition de la vie dans l'Univers.

La structure discontinue des niveaux de Réalité détermine la structure discontinue de l'espace transdisciplinaire, qui, à son tour, explique pourquoi la recherche transdisciplinaire est radicalement distincte de la recherche disciplinaire, tout en lui étant complémentaire. La recherche disciplinaire concerne, tout au plus, un seul et même niveau de Réalité ; d'ailleurs, dans la plupart des cas, elle ne concerne que des fragments d'un seul et même niveau de Réalité. En revanche, la transdisciplinarité s'intéresse à la dynamique engendrée par l'action de plusieurs niveaux de Réalité à la fois . La découverte de cette dynamique passe nécessairement par la connaissance disciplinaire. La transdisciplinarité, tout en n'étant pas une nouvelle discipline ou une nouvelle hyperdiscipline, se nourrit de la recherche disciplinaire, qui, à son tour, est éclairée d'une manière nouvelle et féconde par la connaissance transdisciplinaire. Dans ce sens, les recherches disciplinaires et transdisciplinaires ne sont pas antagonistes mais complémentaires.









Basarab Nicolescu n'est pas seulement un théoricien,  chercheur transdisciplinaire, il a aussi, et il l’explique dans divers interviews donc celui de Cristina-Hermeziu, traversé une étrange  période où la poésie lui a fait signe.

Il s’interroge  encore avec humilité sur ces moment où les phrases surgissaient,  où ces théorèmes poétiques que nous présentons ici, venaient vers lui,  et se posaient librement  sur la page, ce qui n'est pas le fonctionnement habituel reconnu par les "scientifiques" .

Voici quelques uns de ces Théorèmes poétiques que j'ai choisis, et dont pourrez retrouver l'intégralité du texte en ligne.




Extraits des Théorèmes poétiques

Niveaux de Réalité

La Vallée de l'Etonnement -
l'abime entre deux niveaux de réalité.
La Nouvelle Renaissance - émergence de la réalité 
incarnée de plusieurs niveaux de Réalité

la soudaineté de l’événement de l’être est
le signe de l’imprévisibilité de l’inconnu.

La liberté c’est la discontinuité.
La discontinuité donne un sens à la vie
de l’homme.

Le mouvement nait de l’interaction
contradictoire entre la causalité locale et la
causalité globale. La nature du mouvement
explique l’existence d’une loi impitoyable :
tout ce qui n’évolue pas doit nécessairement
involuer et finir par disparaitre.


Une formulation intelligible de la causalité
locale : à chaque cause est associé, à long
terme, un effet contraire à celui qui est
prévu au moment de l’action. L’histoire
du monde devient ainsi compréhensible.

Le mot vivant : éclair traversant en un seul
instant tous les niveaux de Réalité


À chaque niveau de Réalité est associée une
causalité locale bien déterminée. Le miracle
devient ainsi possible. Il est possible mais
très peu probable. Le miracle est l’action,
conforme aux lois, d’un niveau de Réalité
sur un autre niveau de Réalité. Exemple :
le miracle quantique qui rend possible
l’existence de l’univers.


Pratiquement tous les philosophes de toutes
les époques ont passé leur temps à nier
les miracles. Ainsi nous sommes arrivés
naturellement à nier notre propre existence
qui est le miracle des miracles.
Élémentaire erreur de logique.


Le mot « tempête » évoque la rencontre
(tumultueuse et lumineuse) entre deux
niveaux de Réalité. Est-ce pour cela
que Shakespeare a écrit La Tempête ?


Le vrai sens de la fête : pénétration d’un
niveau de Réalité par un autre niveau de
Réalité. Le monde est rempli de miracles.
Ce sont eux qui constituent la dimension
poétique de l’existence.


la poétique quantique


L'imaginaire quantique est la circulation énergétique
entre deux ou plusieurs niveaux de Réalité
reliés par la discontinuité. L'inspiration poétique est
la perception de la respiration solidaire des différents


niveaux de réalité

De toute évidence les mots sont des quantas.

La pleine lumière sur la lumière contradictoire entre le dit et le non-dit,
le son et le silence, l'actuel et le potentiel,
l'hétérogène et l'homogène, le rationnel et l'irrationnel.
Complémentarité contradictoire intégrée
en nous mêmes par le tiers secrètement inclus.


le tiers secrètement inclus

L'espace-temps poétique est la trace dans l'espace et
dans le temps du non-espace et du non-temps
la richesse est une visualisation spectaculaire de
l'exclusion du tiers secrètement inclus.

Les guerres, les révolutions, la famine,
la haine ne sont que les compléments de cette image.
 La source cachée en est toujours la logique binaire.  


L'imaginaire quantique est la circulation énergétique
entre deux ou plusieurs niveaux de Réalité reliés
par la discontinuité. L'inspiration poétique est la perception
de la respiration solidaire des différents niveaux de Réalité.
De toute évidence les mots sont des quantas.


La pleine lumière sur la lumière contradictoire
entre le dit et le non-dit, le son et le silence,
l'actuel et le potentiel, l'hétérogène et l'homogène,
le rationnel et l'irrationnel.
Complémentarité contradictoire intégrée en nous mêmes
par le tiers secrètement inclus.
Vous  aussi trouverez ce texte sur Scrib
 

 

Basarab Nicolescu a eu aussi l'amabilité de me faire parvenir une vidéo qui présente Les Théorèmes avec les Illustrations de  Mircia Dumitrescu






Traduction du français par / Traducere din franceză de: L.M. Arcade

Conception graphique par / Concepţie grafică de: Mircia Dumitrescu
Bucarest -- 2013 -- Bucureşti


Editions / Editura: Curtea Veche Publishing

Montage / Montaj: Cristina Poterășoiu

Le livre "poétiques Théorèmes" / "théorèmes poétiques» écrit par Basarab Nicolescu  a  été publié chez Curtea Veche, édition bibliophile et bilingue français-roumain.
Traduction de  LMArcade   les illustrations de  Mircea Dumitrescu, un  graphiste reconnu.






Je vous renvoie aussi  à une page de caravan et à la belle postface de Michel Cazenave dans la première édition du livre.  Ce texte avait été présenté dans le cadre de "tissages" un appel qui  propose de mettre texte et œuvres   en résonances. Vous y trouverez aussi une interview Basarab Nicolescu par Brigitte Maillard



LAMPEDUSA


Dans la seconde partie de de ce thème consacré à la Frontière, je remercie Daphné Bytchatch d'avoir  fait "don" à la #webassoauteurs, pour  publication, de   ces toiles peintes après le drame de Lampedusa qui m'avait aussi conduite à repenser la frontière dans sa dimension humaine. Là où la barbarie inhumaine devient peu à peu "ordinaire" ! .










 


 



















 











Du feu dans l’eau

(Lampedusa)

Elles ont été peintes le lendemain de ce drame en Octobre 2013.

« Du feu dans l’eau » car l’impossible était arrivé, des larmes,
des cris, des corps avaient brulé jusqu’à se noyer dans l’indifférence,
à quelques lieues d’autres hommes, qui dans leur maison n’ont bougé.

De transparences imparfaites aux dévoilements déchirés, plus de trois cent corps, du feu et de l’eau que rien n’effacera à jamais de la mémoire de vivre.
Lampedusa ton nom de Sicile me faisait rêver de soleil et de vents, Agrigente...
Lampedusa, l’écriture de la mer à à jamais de se taire
D.B.












AWorld Press 2013 – 26 février 2013, Djibouti. Des migrants africains tentent de capter le réseau téléphonique somalien (moins cher) depuis Djibouti, pour joindre leurs proches. Crédits : JOHN STEINMEYER/VII POUR “NATIONAL GEOGRAPHIC”


Lampedusa Beach de Lina Prosa

25.02.2014 - 23:00 Ajouter à ma liste de lecture
Traduction de Jean-Paul Manganaro 
Réalisation   Catherine Lemire

Une embarcation transportant des réfugiés coule dans le détroit en face de Lampedusa. Alors que la plupart d’entre eux se noient et que le silence se fait, une jeune femme, Shauba, parvient à s’accrocher à ses lunettes de soleil comme à une bouée de sauvetage, le temps de raconter, dans un long monologue à la poésie abrupte, son odyssée : le temps de l’espoir, celui de la préparation, de la traversée et de la mort. Avant de sombrer au fond de la mer, elle trouve la force d’interpeller les dirigeants de ce monde – qu’ils soient européens ou africains – face à la tragédie qu’elle personnifie.
Cette pièce est publiée aux Solitaires intempestifs. Elle constitue le premier volet d’un triptyque : « Lampedusa Beach/Lampedusa Snow/Lampedusa Way ».

Avec
Céline Samie   (Shauba) de la Comédie Française